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Les maladies auto-immunes au Sénégal : le cas du lupus systémique en 2024

28 mai
4 min de lecture

Dernière mise à jour : 22 août

Problématique des maladies auto-immunes au Sénégal


Le Sénégal fait face à un double fardeau : les maladies transmissibles, qui sont de mieux

en mieux contrôlées, et les maladies non transmissibles (MNT). Ces dernières représentent un coût élevé pour les patients, leurs familles et la société. C'est pourquoi le Sénégal les a intégrées dans la lutte contre la maladie et s'efforce d'organiser leur prise en charge au niveau national.


Cependant, un autre groupe de maladies, les maladies auto-immunes, n'est pas encore pris en charge de manière adéquate. Ces maladies sont liées à une perturbation du système immunitaire. Parmi elles, le lupus érythémateux est l'une des plus fréquentes au Sénégal. Une série hospitalière publiée en 2014 a rapporté 161 cas (Réf : RAFMI - 2014 ; 1(2) : 1-44), un chiffre qui est probablement bien en dessous de la réalité.


Le lupus érythémateux systémique (ou lupus érythémateux disséminé)


Qu’est-ce que le lupus érythémateux systémique (LES) ?


Le lupus érythémateux systémique (LES), anciennement appelé lupus érythémateux disséminé, est une maladie chronique. Son origine réside dans un processus inflammatoire du tissu conjonctif. Cette maladie fait partie d'un groupe plus large de maladies appelées maladies auto-immunes.


Le système immunitaire de chaque individu est conçu pour défendre le corps contre les bactéries, virus, parasites et autres corps étrangers. Pour cela, il produit des substances appelées anticorps. Dans le cas d'une maladie auto-immune, ces anticorps, appelés auto-anticorps, s'attaquent aux organes et autres constituants normaux de l'individu. Cela provoque une inflammation spécifique, entraînant des dysfonctionnements qui peuvent toucher la peau, les articulations, les reins, le cœur, les vaisseaux sanguins et le système nerveux.


Ces atteintes peuvent entraîner des handicaps majeurs, voire la mort. Cependant, un diagnostic précoce et une prise en charge rapide peuvent prévenir ces dommages.


L’ampleur du LES au Sénégal


La rareté apparente du lupus au Sénégal est souvent due aux difficultés et aux retards dans son diagnostic. Plusieurs facteurs contribuent à cette situation :


  • Les signes de la maladie sont souvent non spécifiques. Ils sont banalisés par le patient au début et peuvent être confondus avec d'autres maladies, ce qui retarde le diagnostic.

  • Beaucoup de patients consultent d'abord des tradipraticiens, surtout en cas de lésions cutanées, par ignorance de la maladie.


  • Le nombre de spécialistes de ces affections est encore limité dans notre pays.


  • Le diagnostic nécessite des examens immunologiques dont le coût est souvent insupportable pour les patients et leurs familles. Par exemple, pour diagnostiquer un diabète sucré, un simple dosage de la glycémie coûte entre 2000 et 3000 FCFA (3 à 4,50 €). En revanche, un dosage d'anticorps peut coûter jusqu'à 45 € par test, multipliant ainsi le coût par 10 ou 20. En attendant que la Couverture Médicale Universelle (CMU) soit pleinement opérationnelle, ces coûts sont souvent supportés par les familles.


Pourquoi les femmes sont-elles plus atteintes ?


Le lupus survient 9 fois sur 10 chez les femmes adolescentes ou jeunes adultes. Cela s'explique par plusieurs facteurs, notamment génétiques et hormonaux, en particulier les œstrogènes. Bien que ce ne soit pas une maladie héréditaire à proprement parler, son aspect génétique fait que plusieurs membres de la même famille peuvent être touchés.


Le traitement du LES


Avec un traitement précoce et un suivi régulier, les patients peuvent mener une vie presque normale à long terme. Le traitement de base repose principalement sur des médicaments anti-inflammatoires, notamment des corticoïdes. Ces médicaments, souvent prescrits sur plusieurs années à des doses élevées selon la sévérité de la maladie, peuvent entraîner des effets secondaires. Parmi ceux-ci, on trouve des troubles du sommeil et de l'humeur, des troubles hormonaux, une perte de masse musculaire ou osseuse (ostéoporose), une prise de poids et un risque accru d'infections.


Les immunosuppresseurs, des médicaments puissants destinés à réduire l'inflammation et à supprimer les auto-anticorps nocifs, constituent une alternative. Cependant, leur coût est bien plus élevé, atteignant jusqu'à 6 à 7 € par jour.


Il est crucial de ne jamais interrompre ces traitements sans l'avis d'un médecin. De plus, ils nécessitent une surveillance étroite avec des examens spécialisés réguliers, souvent coûteux. L'implication du patient dans ce processus est donc essentielle. L'éducation thérapeutique du patient (ETP) est un atout majeur pour l'efficacité des traitements et la prévention des poussées de la maladie ainsi que des complications.


Pour conclure


Nous paraphrasons la conclusion d'un travail publié en 2014 :


« La présence du lupus au Sénégal est avérée, avec des formes sévères au diagnostic, ce qui témoigne du retard dans son identification. Une formation continue des praticiens, visant à former davantage de médecins spécialistes pour la prise en charge des maladies auto-immunes, pourrait améliorer le pronostic. De plus, sensibiliser les patients sur la possibilité d'atteintes monoviscérales pourrait réduire le délai de diagnostic. Il est essentiel de lutter contre l'ignorance pour permettre un diagnostic plus précoce. » (Réf : RAFMI - 2014 ; 1(2) : 1-44).


Il est donc urgent de rendre le diagnostic, le traitement et le suivi accessibles à tous dans notre pays. L'ETP est indispensable.


Professeur Saïd Norou DIOP, ancien Chef de Service de Médecine Interne, Dakar

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