Les maladies auto-immunes au Sénégal : cas du lupus systémique en 2024
- 28 mai
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Dernière mise à jour : 2 juin
Problématique des maladies auto-immunes au Sénégal
Le Sénégal est encore confronté au double fardeau des maladies transmissibles (même si celles-ci sont de mieux en mieux contrôlées) et des maladies non transmissibles (MNT). Ces dernières sont coûteuses pour les patients, les familles et la société. C’est pourquoi, le Sénégal les a intégrées dans la Lutte contre la Maladie et est en train d’organiser leur prise en charge au plan national.
Il n’en est malheureusement pas encore de même d’un autre groupe de maladies proches des MNT, dénommées maladies auto-immunes, liées, comme leur nom l’indique, à une perturbation du système immunitaire de l’individu. Au Sénégal, le lupus érythémateux est, parmi ces maladies, l’une des plus fréquentes. Une série hospitalière publiée en 2014 en avait rapporté 161 cas (Réf : RAFMI - 2014 ; 1(2) : 1-44). Ce qui est sûrement bien en-dessous de la réalité.
Le lupus érythémateux systémique (ou lupus érythémateux disséminé)
Qu’est-ce que le lupus érythémateux systémique (LES) ?
Le lupus érythémateux systémique (LES), anciennement appelé lupus érythémateux disséminé est une maladie chronique dont le point de départ est un processus inflammatoire du tissu conjonctif. Il fait partie d’un groupe de maladies regroupées sous le vocable de maladies auto-immunes.
Rappelons que le système immunitaire de chaque individu assure sa défense contre les bactéries, virus, parasites et autres corps étrangers, en produisant notamment des substances appelées anticorps. Dans le cas d’une maladie auto-immune, ces anticorps dits autoanticorps s’attaquent aux propres organes ou autres constituants normaux de l’individu et induisent une inflammation spécifique ; ceci aboutit à un mauvais fonctionnement pouvant toucher la peau, les articulations, les reins, le cœur, les parois des vaisseaux sanguins, le système nerveux.
Ces atteintes entraînent un risque majeur de handicaps, voire de décès. Ces dommages peuvent cependant être prévenus si le diagnostic est précoce et la prise en charge rapide et adaptée.
L’ampleur du LES au Sénégal
La rareté apparente du lupus au Sénégal est plutôt liée aux difficultés et au retard de son diagnostic, expliqué par plusieurs facteurs parmi lesquels :
Les signes non spécifiques, souvent banalisés par le patient au début et pouvant être confondus avec d’autres maladies, retardant ainsi le diagnostic.
Dans l’ignorance, beaucoup de patients consultent d’abord chez les tradipraticiens, en particulier lorsqu’ils ont des lésions de la peau.
Le nombre encore limité de spécialistes de ces affections dans notre pays.
Le diagnostic fait appel à des examens immunologiques dont le coût est la plupart du temps insupportable pour le patient et sa famille : à titre d’exemple, pour poser le diagnostic d’un diabète sucré, il suffit de faire un dosage de la glycémie pour une somme ne dépassant pas 2000 ou 3000 FCFA (3 à 4,50 €) ; par contre, pour un dosage d’anticorps (souvent plusieurs chez un même malade), ce coût peut être multiplié par 10, voire 20, soit pas moins de 45 € par dosage. En attendant que la Couverture Médicale Universelle (CMU) se mette bien en place, les coûts sont pour la plupart des malades supportés par les familles.
Pourquoi les femmes sont-elles plus atteintes ?
Le Lupus survient 9 fois sur 10 chez la femme adolescente ou adulte jeune. Ceci est dû à plusieurs facteurs, notamment génétiques et hormonaux (hormones œstrogènes). Bien qu’il ne s’agisse pas d’une maladie héréditaire à proprement parler, du fait de son aspect génétique, plusieurs membres de la famille peuvent être touchés.
Le traitement du LES
Avec un traitement précoce et un suivi régulier, les patients ont toutes les chances de mener une vie presque normale sur le long terme.
Le traitement de base fait appel chez la majorité des patients à des médicaments antiinflammatoires, notamment les corticoïdes. Ces médicaments, prescrits souvent sur plusieurs années à des doses élevées selon la sévérité, peuvent entraîner des effets secondaires : troubles du sommeil et de l’humeur, troubles hormonaux, perte de masse musculaire ou osseuse (ostéoporose), prise de poids et augmentation du risque d’infections.
La prescription d’immunosuppresseurs, puissants médicaments destinés à soulager l’inflammation et à supprimer les auto-anticorps nocifs, est alors une alternative, mais d’un coût bien plus élevé, pouvant atteindre 6 à 7 € par jour.
Quels qu’ils soient, ces traitements prescrits sur le long terme ne doivent jamais être interrompus subitement ou sans avis du médecin. De plus, ils nécessitent une surveillance étroite avec des examens spécialisés, réguliers, souvent coûteux. Par conséquent, l’implication du patient dans tout le processus est indispensable. L’éducation thérapeutique du patient (ETP) est un atout majeur pour l’efficacité des traitements et la prévention des poussées de la maladie et des complications.
Pour conclure
Nous paraphrasons la conclusion du travail publié en 2014 :
« La présence du lupus au Sénégal est avérée avec des formes sévères au diagnostic (ce qui dénote le retard mis à le faire). Une formation continue des praticiens (former plus de médecins spécialistes pour la prise en charge des maladies auto-immunes) sur l’utilisation plus précoce des immunosuppresseurs pourrait en améliorer le pronostic. Également, une sensibilisation des patients sur la possibilité d’atteintes monoviscérales pourrait raccourcir le délai diagnostic (lutter contre l’ignorance afin que le diagnostic soit plus précoce). » (Réf : RAFMI - 2014 ; 1(2) : 1-44).
Il est par conséquent urgent de trouver les moyens de rendre le diagnostic, le traitement et le suivi accessibles à tous dans notre pays. L’ETP est indispensable.
Professeur Saïd Norou DIOP, ancien Chef de Service de Médecine Interne, Dakar

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