Lupus et grossesse

Avoir un lupus n’empêche pas nécessairement d’avoir un enfant. Grâce à une meilleure connaissance de la maladie, à des traitements adaptés et à une surveillance spécialisée, de nombreuses femmes atteintes de lupus peuvent aujourd’hui mener une grossesse à terme.
Cependant, une grossesse au cours d’un lupus nécessite une préparation et un suivi médical particuliers afin de protéger au mieux la santé de la mère et celle du fœtus.
Préparer la grossesse
Lorsqu’une femme atteinte de lupus souhaite avoir un enfant, il est important d’en parler avec son équipe médicale avant la conception. En effet, cette grossesse doit être planifiée et programmée du fait des risques qui lui sont associés. Il est préférable que la maladie soit durablement contrôlée avant le début d’une grossesse.
Une consultation préconceptionnelle est indispensable et permet notamment :
d'évaluer l'activité du lupus : l'existence d'un lupus actif est associé à un mauvais pronostic de la grossesse ;
de rechercher d'éventuels facteurs de risque, telle une hypertension artérielle ;
de vérifier les atteintes d'organes, notamment des reins ;
de réaliser ou contrôler certains examens biologiques ;
de revoir les traitements en cours et de vérifier leur compatibilité avec une grossesse.
NB : La visite pré-conceptionnelle sera l’occasion de s’assurer que la patiente est immunisée contre la rubéole (de la vacciner si besoin en l’absence de contre-indication), de mettre à jour ses vaccinations…
Adapter les traitements avant la conception
Tous les médicaments utilisés dans le lupus ne sont pas compatibles avec une grossesse.
Une contraception est indispensable lorsque certains médicaments utilisés contre le lupus peuvent être tératogènes (délétères pour le fœtus), c’est-à-dire pouvant être responsables de malformations chez le fœtus.
Certains traitements doivent être arrêtés ou remplacés suffisamment tôt avant la conception, tandis que d’autres peuvent être maintenus lorsqu’ils sont nécessaires au contrôle de la maladie.
Le traitement doit permettre de contrôler le lupus tout en étant compatible avec un bon déroulement de la grossesse.
Un consensus international a validé la poursuite au cours de la grossesse des médicaments suivants : l’hydroxychloroquine ; la corticothérapie (prednisone ou prednisolone) avec une dose n’excédant pas 5 à 7 mg par jour ; l’azathioprine ; l’aspirine à faible dose (100 mg/j).
Il est essentiel de ne jamais arrêter, modifier ou remplacer soi-même un traitement en raison d’un désir de grossesse ou de la découverte d’une grossesse.
Toute modification doit être décidée avec l’équipe médicale.
NB : il est habituellement recommandé de ne débuter la grossesse qu’à 12 mois de la rémission d’une poussée lupique sévère (avec notamment atteinte rénale) et lorsque le lupus est inactif cliniquement depuis 6 mois.
Une surveillance renforcée pendant la grossesse
Une grossesse chez une femme atteinte de lupus nécessite généralement une surveillance coordonnée entre plusieurs professionnels, notamment les spécialistes qui suivent le lupus et l’équipe obstétricale. La fréquence des consultations (qui doivent être au moins mensuelles) et des examens est adaptée à la situation de chaque femme.
Cette surveillance permet de contrôler :
l'activité du lupus ;
la tension artérielle ;
la fonction rénale ;
les analyses sanguines et urinaires ;
le développement et la croissance du fœtus ;
l'apparition éventuelle de complications obstétricales.
Quels sont les risques ?
La majorité des grossesses ne présentent pas nécessairement de complication grave, mais certains risques sont plus élevés chez les femmes atteintes de lupus que dans la population générale.
Il peut notamment exister un risque accru de :
poussée du lupus ;
hypertension artérielle pendant la grossesse avec risque de pré-éclampsie ;
fausse couche ou perte fœtale dans certaines situations ;
retard de croissance du fœtus ;
naissance prématurée.
Le niveau de risque dépend notamment de l’activité du lupus pendant la grossesse, des éventuelles atteintes d’organes et de la présence de certains autoanticorps, notamment les antiphospholipides.
Autoanticorps antiphospholipides pendant la grossesse
Certaines femmes atteintes de lupus présentent des anticorps antiphospholipides. Ceux-ci sont associés à un risque élevé de thrombose et de complications obstétricales.
Leur présence est donc recherchée et prise en compte dans l’évaluation et le suivi de la grossesse.
Il en est de même de la présence d’anticorps anti-SSA/Ro et/ou anti-SSB/La chez la mère ; celle-ci nécessite une attention particulière pendant la grossesse. Ces anticorps peuvent, dans de rares situations, être associés à un lupus néonatal chez le nouveau-né, avec notamment une atteinte cardiaque.
Lorsque ces anticorps sont présents, l’équipe médicale adapte la surveillance de la grossesse en conséquence.
L’importance d’une prise en charge multidisciplinaire pendant la grossesse
La grossesse doit idéalement être suivie par une équipe habituée aux grossesses associées aux maladies auto-immunes.
Selon la situation, cette équipe peut notamment associer au gynécologue-obstétricien et/ou à la sage-femme, un médecin interniste, un rhumatologue ou un autre spécialiste du lupus, un néphrologue en cas d’atteinte rénale.
Cette coordination permet d’adapter la surveillance et les traitements tout au long de la grossesse.
Allaitement
L’allaitement est le plus souvent possible, mais il faut s’assurer avec le spécialiste du lupus que les traitements utilisés soient compatibles.
À retenir
Une grossesse est possible chez une femme atteinte de lupus.
Les meilleures conditions sont réunies lorsque la grossesse est préparée avec l’équipe médicale, lorsque la maladie est bien contrôlée avant la conception et lorsqu’une surveillance adaptée est mise en place pendant toute la grossesse.
En cas de désir de grossesse, il est recommandé d’en parler suffisamment tôt avec le médecin qui assure le suivi du lupus.
La grossesse doit être suivie de bout en bout par une équipe pluridisciplinaire.
L’allaitement est le plus souvent possible ; il faut en discuter avec le spécialiste.
Cette fiche n’est destinée qu’à l’information générale. Elle ne remplace ni une consultation, ni un avis médical personnalisé pour le diagnostic et le suivi.
Sources : PNDS Lupus systémique de l’adulte et de l’enfant (2024) — Centres de référence / RAISE / Filière FAI²R ; Assurance Maladie.
Contenu relu et validé par le Pr Saïd Norou DIOP, spécialiste en Médecine Interne, référent médical de TAHIRAH CARE.

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